• Rires jaunes et titres en gras pour gaffes en gros

    C'était il y a deux ans, un jour comme aujourd'hui où le soleil a décidé d'être le maître absolu. T’en étouffes tellement il fait chaud. A ce moment là j’ignorais que le lendemain, tous mes copains allaient s’étouffer de rire dans la chaleur de mon récit.

    Je devais me rendre dans un labo en province pour y négocier un contrat. Comme la température était impressionnante au dehors et à l'époque ma voiture ne bénéficiant pas de la climatisation, j'avais opté pour une tenue décontractée en Jean noir et chemisier rose classique, sans frioritures. En guise de maquillage, un simple trait de gloss rose sur les lèvres et puis c'était tout, naturelle comme toujours. 

    En arrivant devant l'immeuble, il y avait 3 portes, sans aucune mention extérieure. je choisis celle du milieu et me retrouvait devant un couloir, pas de hall d'entrée ni réceptionniste, ni table ni chaises. Je rebroussai chemin et me dirigea sur la porte à droite. je me trouvais à présent dans un vaste hall copieusement garni de plantes exotiques synthétiques dispersées ça et là, ils ne leur manquaient plus qu'un écriteau avec la variété et le prix. Au milieu, un genre de vasque de forme oblonque avec des colonnes romaines qui retenaient un filet de pêche auquel on avait suspendu des plantes en soies aux coloris saumon. Dans la vasque stagnait une eau bleu turquoise et celle-ci semblait tout droit sortie de mon stylo. De part et d’autre, des statues de lions et panthères avec une femme nue, assise sur l’arrière de la panthère ( fausse, la dame, hein, le fauve aussi, sinon je ne vous conterais rien aujourd’hui) On distinguait à peine la clarté du jour, les fenêtres translucides semblaient ne pas avoir vu d’éponge et d’eau depuis des siècles….

    Ici pas de réception non plus, mais le choix entre 3 couloirs, avec comme la première fois, pas un chat....si ce n’est le chat sauvage peint sur un des murs du hall entre un amas de lianes et de décorations florales criardes

    Perdue dans la contemplation de ce décor de mauvais goût, je vis arriver un type en tablier jaune avec 2 grosses noix de coco ( les vrais fruits, ne vous imaginez pas autre chose, bande de pervers) , j'ai pas pu m'empêcher de dire à mi-voix " ben, vla le singe de service avec son 4 heures " Accueil courroucé ...

     Moi : Bonj…
    Lui, direct, sans saluer: Vous cherchez ? 

    moi: jour….Je me suis perdue ( non j'ai pas dit "dans la brousse") et je cherche Mr Dupont ( c'est pas le vrai nom mais si je le cite, le pauvre gars ira se jeter du haut "du pont des soupirs" ) et il n’y a pas de réception

    Lui, sans lâcher les noix de cocos: C’est un labo ici mademoiselle pas un hall de gare ni d’hôtel, vous ne savez pas lire ?

    Et il pointa son doigt sur une pancarte à 2m50 du sol où il était indiqué le nom de l’entreprise en caractères turquoise sur fond marine…. 
    Moi : Oui, je sais où je suis …quoique c’est un peu surprenant avec ce décor, mais pouvez-vous m’orienter vers le bureau de Mr Dupont, s’il vous plaît ? 

    Lui et ( moi, en pensée) : Mais c’est pourtant simple (tu parles…) Vous prenez le couloir à droite ( de quelle droite y parle , là , la sienne ou la mienne, il est en face de moi) ensuite vous tournez au fond à gauche , à la troisième porte à droite, vous prenez les escaliers en face ( en face de la porte ?) et vous descendez 2 paliers. Vous ouvrez ( oui quoi ? ) et vous suivez les flèches bureau du personnel, c’est la porte rouge en face des toilettes ( avec le bruit de la chasse d’eau en fond sonore) 
    Moi : Faut pas confondre les toilettes avec le bureau de Mr Dupont…
    Lui : Il n’y a pas de risque , la porte des toilettes est verte
    Moi : Restons dans le naturel
     Lui : Plait il ? 
     Moi : Ben oui, vert, comme les plantes de la brousse ici et tout le décor kitch ambiance jungle ( oups, au regard qu’il me fait, il doit pas avoir bien digeré ce midi, celui-là) 
     Lui : allez, dépêchez-vous , on vous attend….
     
    Moi(en pensée) : ouaips, même pas un bonjour, ni un sourire et en plus, il me dit de me dépêcher… Mais seulement, si j’ai envie --- pour qui il se prend pour me donner des ordres celui-là….pffff, quelle drôle de boite et on m’a invitée , ici ? Beurk, beurk, ça un labo ????
    Je tombai d’abord sur les toilettes, vert pomme, il y a pas de danger que tu ne les trouves pas sur un mur bleu marine et avec effectivement la porte du dirlo en rouge cerise sur lequel s’inscrivait en jaune ( c’est bien pour les bigleux) le nom du chef du personnel en gras ( les lettres en gras, pas le chef). 
    Note que si t’es daltonien , cela craint un peu, les toilettes sont en rouge et puis le jaune est quasi transparent, donc tu vas d’abord voir si le chef n’est pas aux toilettes avant de te dire que tu ferais mieux de frapper à la porte, le dilemme c’est laquelle…. Mais je ne suis pas daltonienne quoique je fais partie des bigleux…

    Un type au fond du couloir : Hé, vous là, qu’est ce que vous faites ? 

    Moi : Rien, je cherche Mr Dupont, on m’attends
    Le type : C’est vous qu’on attend ? 

    Moi : Oui, j’ai rendez-vous

    Le type : Vous êtes en retard, dépêchez-vous, je n’ai pas que cela à faire moi !

    Moi : Dites, merci pour l’accueil ! et Monsieur Dupont ? c’est vous peut être ? 

    Le type : Non, c’est mon associé, mais il n’a pas le temps de vous recevoir, il attend quelqu’un d’important . Voilà (et il me tend un badge avec une clef) Vestiaire 5, douche 6, vêtements casier C, porte b ascenseur 2, grouillez-vous vous avez ½ heure de retard. Le chef Chaudron ( ça c’est son vrai nom, sorry Mr Chaudron) vous expliquera votre travail. Allez…

    Moi en pensée : Ben… Vas y pour la soupe…. !!!! Et après, on m’emballe avec le carton E , puis la Ficelle F et on me range dans le casier 7 ? Non mais dites donc, ils ont une drôle de manière d’accueillir les invités ici ! Mais bon… Me souvenant que c’était un labo d’analyses tropicales, je me suis dit qu’il fallait peut être que je passe par le centre de décontamination avant de pénétrer dans l’enceinte réservée aux chercheurs et me dirigeai sur les vestiaires. 


    Je descendis au sous sol en flottant dans mes vêtements d’appoint trop larges ; Je fus accueillie par un vieux monsieur de plus de 60 ans, visiblement très énervé et qui ne regardait que ses pieds. Par ici, mademoiselle….

    Mr Chaudron : veuillez nettoyer tout cela , svp en me montrant une montagne de verrerie de labo qui s’entassait dans l’évier. 
     
    Moi : Certainement pas… Si c’est une plaisanterie…

    Mr Chaudron : melle Y…(un nom à coucher dehors) je n’ai pas le temps de m’amuser
    Moi : Je ne m’appelle pas Melle Y…Je suis le Dr
    Il ne me laissa pas terminer ma phrase
    Mr Chaudron : professeur ? 
     Moi : oui…
     Mr Chaudron : Je suis mort
     Moi : si vous le dites…
    Mr Chaudron : Mais comment diable êtes vous ici ? Vous devriez être dans le bureau du patron..
    Moi : C’est ce que j’ai dit au type là au dessus (en pointant mon doigt vers le haut » mais il a dit...
    Mr Chaudron : il est f…
    Moi en même temps : …mort
    Mr Chaudron, c’est une épouvantable méprise…. mais alors qui Mr X ( l’associé du patron) a t’il fait rentrer dans la salle d’attente en haut ?

    Il se jeta sur son téléphone pour appeler l’associé. Ce dernier prétexta que je « n’avais pas l’air d’un professeur » et que l’autre dame qu’il avait conduite dans la salle d’attente était « bien plus distinguée et surtout habillée avec élégance »
     Bref, j’appris que pour ce monsieur pédant, un professeur se devait d’être paré de ses plus beaux atours comme la dinde de Noël…et non comme un vulgaire sac à patates ! Du moins, je le pris ainsi, furieuse de ce méli-mélo et du manque d’organisation de cette entreprise dite de « renom »

    Bref « le sac à patates » ( chaudes les patates) que j’étais à ce moment repris l’ascenseur avec un « chaudron » en effervescence, rouge de honte qui contrastait avec la blancheur (livide) de l’associé que l’on avait récupéré au passage et qui lui, se confondait en excuses maladroites, en bégayant…. 

     Je me rhabillai à la hâte et je cassai malencontreusement l’élastique qui retenait mes cheveux longs : J’apparu ainsi, attifée comme une sorcière vaudou au regard vengeresque devant les 2 compères dont la face ressemblait aux tomates de mon jardin….

    Là haut , au troisième, Mr Dupont venait de s’apercevoir de la méprise : Langoureusement étendue sur le sofa de la salle d’attente, Melle Y, technicienne de laboratoire ( comprendre une version de la femme de ménage) sirotait son café en mangeant les petits fours qui m’étaient destinés….quant au professeur, le vrai (moi) elle montait en ce moment l’ascenseur (version Calamity Jane) avec les 2 Daltons(Version Averell Dalton en jumeaux) tous penauds


    Au sortir de l’ascenseur

    Mr Dupont à moi : Professeur, c’est une épouvantable méprise, vraiment je suis confus… 
    Mr Dupont aux 2 daltons-tomates : Imbéciles… vous m’avez fait perdre la face
    Pour rappel, je précise que Mr Dupont est un faux nom. Le patron est d’origine asiatique et cette situation plutôt cocasse pour les occidentaux était assez pénible pour lui) 
     Voyant l’embarras de mon interlocuteur , je laissai tomber ma rancœur pour lui (re)mettre le cœur à l’aise

    Moi à Mr Dupont : Ne vous en faites pas mon cher ami, un jour je raconterai cela à mes amis et ils s’amuseront bien, en attendant, auriez-vous la bonté de me parler de votre projet et de dire à vos 2 collaborateurs d’aller jouer dans leur bacs à sable…..

    Mr Dupont, mis longtemps à s’en remettre car il mit mon refus de collaboration qui s’ensuivit sur la bêtise de ses 2 collaborateurs, qu’il congédia. Aujourd’hui avec le recul, je me dis qu’il vaut mieux en rire et que même dans cette confusion, 2 personnes au moins ont appris cette philosophie digne de Confucius : Ne pas se fier aux apparences et ne pas dédaigner une personne en fonction de sa personnalité. 

    Quoique…. être prise pour la femme de ménage et celle-ci pour la scientifique est une situation cocasse, avec des gaffes et des boulettes, de premier choix !